Casimir ou la vie derrière soi, Pierre De Grandi

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Slatkine 2022

 

Casimir, honorable monsieur de 88 ans, écrit un morceau de sa vie, chaque jour de l’année, ou presque. Dans son journal intime, confident de tous les instants, il y relate les évènements et les passions qui jalonnent son existence, parle de ses rencontres et de ses souvenirs, raconte ses rêves nocturnes et confie ses pensées les plus intimes.  Également, il y note ses humeurs, dévoile ses émotions, partage ses questionnements et ses avis, avoue ses regrets, ses craintes et ses angoisses.    

 

Mais avant tout, son grand âge et la disparition de quelques-uns de ses proches le poussent à s’interroger sur la mort, particulièrement sur la sienne. Comment se passera-t-elle ?  Casimir souffre, il est vrai, de différents problèmes de santé, mais aucun n’est mortel. Toutefois, ils le mèneront fatalement à la perte de son autonomie. Et cela, il ne peut le concevoir ! Que faire alors pour éviter de finir en établissement médicalisé ?

 

Dans son livre « Casimir ou la vie derrière soi », l’auteur, Pierre De Grandi, nous emporte littéralement dans la tête et le cœur d’un homme vieillissant. Casimir, le héros de ces réflexions captivantes, se met à nu en nous ouvrant le large éventail de ses sentiments. Au fil des jours et des saisons, nous découvrons un personnage attachant avec sa sincérité et son franc-parler, et qui se livre sans tabou ni timidité, mais toujours avec une certaine pudeur et une grande sensibilité. Casimir est aussi très cultivé. Il nous en apprend sur le corps humain et la nature, sur l’écriture et la philosophie. Quant à ses croyances, il nous parle quelques fois de Dieu, laissant planer le doute sur ses convictions profondes.

 

Voilà un récit fictif particulièrement délicieux, bourré de croustillantes anecdotes, de jolis mots et de savoureuses tournures, de descriptions des plus parlantes, le tout parsemé de pointes d’humour et d’intelligentes réflexions.

 

Un journal que l’on dévore d’un bout à l’autre sans s’ennuyer une seule seconde !  

 

 

Extrait  page 243, 12 octobre

 

 

L’idéal serait de mourir comme s’éteint un feu de cheminée. Sans incidents, sans surprises, sans déranger quiconque, simplement parce qu’il n’y a plus de bois. Ou comme une ampoule électrique dont le filament se rompt dans l’instant.

 

On ne saura jamais à quoi pensait Dieu en abandonnant ses créatures aux maux qui tuent tant de vieux si lentement qu’ils peuvent demeurer longtemps à peine vivants, telles des larves de cadavres.

 

Ou alors le plan du Grand Architecte aura été de doter l’Homme du cerveau que l’on sait pour qu’il trouve un jour, et pour autant qu’il veuille bien le chercher dans la boîte à outils de la génétique ou je ne sais où, un moyen astucieux pour insérer dans nos organismes une horloge biologique qui sonnerait la fin de vie.

 

Par exemple, toute action cardiaque cesserait lorsqu’elle totaliserait le nombre moyen de battements d’une vie de quatre-vingt-cinq années, plus ou moins deux ou trois ans, pour garder un effet aléatoire et une certaine incertitude. Le même signal d’arrêt cardiaque pourrait également être émis lorsque des causes de dépendance s’accumulent. Par exemple, des nerfs optiques qui n’envoient plus d’images, un cerveau dont les centres de la mémoire ne fonctionnent plus. Ou alors un sang trop pauvre en oxygène à cause d’un emphysème aggravé par une pneumonie chez un type qui ne veut pas se balader avec une bonbonne d’oxygène !

[…]

 

Une horloge biologique présidant à la fin de la vie, inscrite dans nos gènes et par conséquent transmise de génération en génération, serait un fleuron du transhumanisme.

 

Que tout cela est compliqué. Comme il est obsédant de ne pas pouvoir imaginer comment ça va arriver, comment ça va se passer.