Autoédition, Cédric Comtesse

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Edition Slatkine, 2023

 

L’auteur nous offre une vision désenchantée de la vie de son personnage. Un être égocentrique qui porte un regard dépréciateur sur ses alter ego et sur le monde. Lassé de son quotidien de bibliothécaire, il trouve quelque réconfort dans la consommation de sucreries et d’alcool fort. Seules les rencontres à son club de lecture apportent à M. K. un peu de plaisir. Un certain soir, il cède à l'envie de lire aux membres de la société et aux invités quelques pages d’un ouvrage investi de ses rêves et sur lequel il a travaillé assidûment. Mais rien ne se passe comme prévu. Le triomphe de l'auteure s’étant produite avant lui le rejette dans l'ombre ; il se retrouve à nouveau oublié de tous et se défoule sur le buffet offert pour la circonstance.

 

Quelques verres absorbés dans une brasserie pour noyer sa déconvenue et ses insuccès auprès des éditeurs, un vif et bref échange avec des loubards en quête de castagne et une décision qui allait bouleverser son existence marquèrent la fin de cette soirée mémorable; le choix qu'il fit cette nuit d’hiver, privant de secours un homme blessé gisant dans la neige et serrant contre lui un trésor, allait réorienter sa vie.

 

 

Monsieur K, écrivain sans avenir, s’était approprié du dernier manuscrit rédigé par un auteur célèbre et très apprécié. Cette « opportunité » issue d’une décision méprisable adoptée après un xième déboire au parfum d’alcool fort va-t-elle lui offrir une chance de devenir la personne qu’il projetait d’être ?

 

Recension Anne-Catherine Biner

 

 

Extrait page 34

 

Visiblement, personne n’avait remarqué qu’il restait encore une lecture à faire. C’était comme si avec le texte de la jeune écrivaine, tout avait été dit. La tête basse, je rangeai mon précieux manuscrit dans mon porte-documents. Vexé, je me levai d’un bond et m’éclipsai de la salle sans dire un mot. Mon échappée théâtrale prématurée ne fut pas plus remarquée que ma discrète arrivée tardive. Avant de pousser la porte de sortie, je revins sur mes pas pour retourner la table croulant sous les plats, prêt à envoyer les petits fours et les bouteilles d’alcool en orbite dans la galaxie la plus lointaine de la princesse aux yeux de jade. Et ainsi mettre un point d’orgue fracassant à l’imposture de la lecture qui venait de s’achever. Mais je retins ma main au dernier moment. Ma somnolence avait réveillé ma faim. Ni vu ni connu, j’enfournai deux éclairs au chocolat et une part de tarte aux pommes. Je mis des gâteaux secs dans la poche de mon pardessus et sortis la tête haute, sans que personne n’ait rien vu de mon manège, la bouche remplie de graisse et de sucre, en tentant d’étouffer ma désillusion et ma rage.