Je n'ai pas échoué. J'ai eu 10 000 idées qui n'ont pas marché.
***
Benjamin Franklin

Auteur-es

En Bref

Professeur de lettres au Togo, en Tunisie, en Allemagne et en Suisse, l'auteur résidant à Vilelleneuve, enseigna pendant plus de vingt ans au Collège de Saint-Maurice en Valais. Deux ouvrages ont parus aux Editions Publi-Libris. Pour le premier, "J'entends encore la voix" (2010), chronique culturelle où se rencontrent littérature surtout, musique et cinéma, l'auteur a reçu la médaille d'or du rayonnement culturel de la Renaissance Française. Le deuxième livre "L'Alphabet du souvenir" (2012), évoque personnages et lieux aimés, rassemblés dans le carrousel de la mémoire.



L'alphabet du souvenir, extrait

Gelsomina


De l'âme qui scintille
Et du feu qui brille
Monte une étincelle
Qui va vers le ciel


Agenouillée, dans un dernier regard, elle dit adieu, à la mer, au ciel, à sa famille, et elle part, sur la route. Sur toutes les routes, vers les villages, vers les villes, dans la campagne aride et froide, sous le soleil, dans le vent, dans la neige. Jeune fille simple, simplette, dit-on, éternelle enfant au coeur tendre, pauvre folle souriante ou attristée, merveilleuse innocente.

Gelsomina, son allure de saltimbanque, son chapeau rond sur des cheveux en bataille, Gelsomina battant le tambour ou jouant de la trompette; nouveau charlot qui fait rire et qui émeut. Gelsomina, son visage si mobile, heureux ou apeuré, bouche fermée dans un sourire arrondi; yeux figés d'inquiétude ou animés de clignements complices; regard agrandi d'étonnement ou obscurci de souffrance.

Et puis, c'est l'émerveillement: les musiciens qui passent, Gelsomina les suit, danse et sautille; la procession qui défile, Gelsomina à genoux, ravie, admirative; le Fou (il Matto), là-haut, comme un ange, Gelsomina qui applaudit, radieuse, extatique.

C'est le tournant du film La Strada de Fellini.

Grâce au Fou qui lui dit: "Dans l'univers, tout sert à quelque chose... même ce petit caillou", Gelsomina comprend. Son âme s'éveille, son coeur s'élargit, sa vie prend un sens:
Si moi je reste pas avec lui, qui c'est qui restera?

Gelsomina pense et veut que Zampano pense aussi. Elle doit transmettre le message du Fou: Mais tu ne réfléchis donc pas que tout sert à quelque chose, même un caillou.

La bagarre violente entre Zampano et le Fou ouvre Gelsomina à la souffrance des autres et à la mort brutale du Fou l'atteint au plus profond d'elle-même: Il a mal... il est mort. Toute la fin du film est scandée par l'angoisse de Gelsomina, le regard vide, le geste ralenti, la parole absente. Elle pleure et gémit: Oh, le Fou. Il a mal, et répète inlassablement, comme un appel vain ou une supplication: Zampano, Zampano, Zampano quelle ne veut, qu'elle ne peut plus quitter: Si je reste pas avec vous, alors... qui restera?

Et c'est Zampano qui abandonne Gelsomina, endormie.

Dans un geste de compassion, d'émotion, le premier peut-être, il a recouvre doucement d'une couverture, lui laisse un peu d'argent, quelques objets, pose la trompette auprès d'elle; il la regarde intensément puis s'en va, tout seul, sur la route.

Quelques années plus tard, une chanson fredonnée, celle de Gelsomina, a raminé le souvenir. Zampano est au bord de la mer, seul, sous le ciel étoilé qu'il regarde. Son coeur bat plus fortement, son âme enfin s'éveille, il comprend: Ô Gelsomina!

Goethe
Goslar

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